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Vous rêvez de cette toiture aux allures provençales, authentique et chaleureuse. Mais voilà, la pente de votre toit fait la grimace. C'est le problème classique : la tuile canal traditionnelle réclame une pente raide pour ne pas transformer votre salon en pédiluve. Impossible sur un abri de jardin moderne ou une extension à toit plat. Sans parler du poids qui ferait plier une charpente légère ou du Mistral qui adore soulever les tuiles mal fixées.
Rassurez-vous, il existe une parade technique validée par les pros pour contourner la physique : la pose de tuile canal sur plaque ondulée (souvent appelée PST).
La pose de tuile canal sur plaque ondulée (système PST) consiste à fixer des plaques de fibres-ciment sur la charpente pour assurer l'étanchéité, puis à installer les tuiles de couvert par-dessus. Cette technique permet de poser des tuiles canal sur des toitures à faible pente (dès 9 %) en collant ou crochetant les éléments pour résister au vent.
Pourquoi choisir la pose sur plaque ondulée (PST) ?
C'est une petite révolution pour la rénovation dans le Sud de la France. L'astuce est simple : l'étanchéité n'est plus assurée par la tuile elle-même, mais par la plaque de fibres-ciment située en dessous (souvent flammée ou rouge pour se faire oublier).
Cela change tout sur trois points précis :
- L'esthétique sauvée : Vous gardez le look « tuile canal » là où une pose traditionnelle sur liteau serait techniquement interdite à cause de la faible pente.
- Un régime minceur pour la charpente : On supprime la « tuile de courant » (celle du dessous). On ne pose que la « tuile de couvert » (le chapeau). Résultat, vous divisez presque le poids de la couverture par deux. Votre charpente vous remerciera.
- La ceinture et les bretelles : Même si une tuile casse ou glisse lors d'une tempête, la plaque ondulée en dessous garantit que l'eau ne rentrera jamais.
Tout ceci est encadré par le DTU 40.23. Ce n'est pas du bricolage du dimanche, c'est une norme de construction stricte qui garantit que vous serez assuré en cas de pépin.
Regardons les chiffres, ils parlent d'eux-mêmes :
| Critère | Pose traditionnelle (Sur liteau) | Pose sur PST (Plaque Sous Tuile) |
|---|---|---|
| Pente minimale | Souvent > 24-30 % | Dès 9 % (selon la zone) |
| Poids au m² | Lourd (tuiles courant + couvert) | Léger (plaques + couvert uniquement) |
| Étanchéité | Dépend de la tuile | Assurée par la plaque |
| Coût matériaux | Moyen (charpente plus grosse) | Moyen (plaques + fixations) |

Les prérequis et le calcul des matériaux
Ne filez pas chez le négociant en matériaux sans avoir fait vos devoirs. Une toiture ratée commence toujours par une mauvaise estimation.

Pente minimale et support
Avant de sortir la carte bleue, vérifiez votre pente. Le système PST permet de descendre très bas, généralement autour de 9 % (soit environ 5°). C'est parfait pour un carport ou une extension contemporaine. Je vous conseille tout de même de vérifier la fiche technique du fabricant de la plaque (Eternit, Edilians, etc.) car votre zone géographique (neige ou vent fort) peut imposer des contraintes supplémentaires.
Le support, lui, doit être constitué de pannes (poutres) en bois ou métalliques. L'espacement est crucial : respectez l'entraxe recommandé par le fabricant des plaques (souvent 1,38 m max). Si vous écartez trop les pannes, la plaque pliera sous votre poids lors de la pose.
Calculer le nombre de plaques et de tuiles au m²
Oubliez le calcul « au doigt mouillé ». Voici comment viser juste :
- Pour les plaques PST : Prenez la surface totale de votre toiture et ajoutez 15 % de marge. Pourquoi ? Pour compenser le « recouvrement transversal » (les plaques se montent les unes sur les autres dans la pente) et le recouvrement latéral (une onde sur le côté).
- Pour les tuiles canal : C'est ici que beaucoup se plantent. Puisque vous ne posez que les chapeaux, vous n'avez pas besoin de 24 tuiles/m². Comptez simplement le nombre d'ondes au mètre linéaire sur votre toit. En général, il faut 10 à 12 tuiles au m² selon qu'il s'agit de modèles de 40 cm ou 50 cm.
- La formule simple : (Longueur du toit / Longueur utile de la tuile) x Nombre de files d'ondes.
Votre checklist outillage :
- Perceuse visseuse (une vraie, pas un jouet).
- Disqueuse avec disque diamant (indispensable pour couper le fibres-ciment).
- Scie égoïne (si vous devez ajuster la charpente).
- Tire-fonds à bourrer ou vis auto-foreuses avec rondelle étanche.
- Mastic-colle Polyuréthane (type Sikaflex) ou crochets de fixation.
- Mètre, cordeau traceur, niveau.
Conseil Pro
Si vous rénovez une toiture existante, méfiance sur l'âge des plaques. Les anciennes plaques ondulées contiennent souvent de l'amiante. Si c'est le cas : interdiction formelle de percer, couper ou gratter. Faites appel à un désamianteur ou optez pour une solution de sur-couverture si la structure le permet. Pour du neuf, exigez toujours la mention NT (Non-Amiante).
Étape 1 : Préparation et pose des plaques sous tuiles (PST)
C'est l'étape qui garantit que vous resterez au sec. Prenez votre temps, c'est la fondation de votre toit.
On commence toujours la pose par le bas de la toiture (l'égout), et dans le sens opposé aux vents dominants. Si le vent vient souvent de l'Ouest chez vous, commencez votre pose à l'Est. La raison est simple : cela évite que le vent ne s'engouffre sous les joints latéraux et ne soulève la couverture.
Le recouvrement latéral est généralement d'une demi-onde ou d'une onde complète. Le recouvrement transversal (dans le sens de la pente) doit être d'au moins 14 à 20 cm. Plus la pente est faible, plus ce recouvrement doit être grand pour éviter les remontées d'eau par capillarité.

La découpe des coins (« mitred corners »)
C'est le secret des pros que les amateurs ignorent trop souvent. Aux endroits où quatre plaques se rejoignent (les coins), vous risquez d'avoir une surépaisseur importante (4 épaisseurs de fibres-ciment superposées). Cela crée un jour béant par lequel l'eau et le vent peuvent s'infiltrer.
Pour éviter ça, il faut pratiquer l'écornage. Il s'agit de couper les coins des deux plaques intermédiaires en biseau. Ainsi, les plaques s'emboîtent parfaitement à plat, comme un puzzle, sans créer de surépaisseur dangereuse.
La fixation : sommet d'onde vs creux d'onde
C'est le point critique qui différencie une toiture durable d'une passoire.
On perce et on fixe TOUJOURS en sommet d'onde.
Visualisez la plaque : c'est une succession de bosses et de creux. L'eau de pluie ruisselle naturellement dans les creux. Si vous percez dans le creux (comme on le ferait intuitivement pour « serrer » la plaque contre le bois), vous créez un trou directement là où coule la rivière. Au premier vieillissement du joint, c'est la fuite assurée.
En fixant sur la « bosse » (sommet d'onde) avec un tire-fond à bourrer équipé d'une rondelle d'étanchéité, l'eau contourne naturellement la fixation. C'est la base absolue de l'étanchéité sur profilé ondulé.
Étape 2 : La fixation des tuiles canal (2 Méthodes)
Une fois votre toit « hors d'eau » grâce aux PST, il faut l'habiller. Vous allez placer les tuiles à cheval sur les ondes. Deux écoles s'affrontent ici.

Méthode 1 : Le collage (Mastic-colle PU)
C'est la méthode favorite des particuliers : rapide et esthétique (pas de crochet visible).
- Dépoussiérez bien la surface de la plaque (le fibres-ciment est souvent poudreux).
- Appliquez deux gros plots de mastic-colle polyuréthane (spécial toiture) sur le sommet de l'onde, là où la tête et le pied de la tuile vont reposer.
- Posez la tuile en l'écrasant bien sur la colle.
- Laissez sécher sans y toucher.
Cette technique crée une toiture « souple » qui absorbe bien les dilatations, mais qui sera plus difficile à démonter proprement le jour où il faudra intervenir.
Méthode 2 : Le crochetage
Plus traditionnelle et extrêmement résistante, cette méthode utilise des crochets en S (souvent en inox ou galva) ou des clips spécifiques fournis par les fabricants de plaques.
Le crochet vient pincer le bord de la tuile et se fixe sur la plaque ou la panne. C'est la méthode que je recommande vivement dans les zones de vents violents (bords de mer, couloir rhodanien). Son grand avantage ? La toiture reste démontable. Si vous devez changer une tuile cassée, ça prend deux minutes, contrairement aux tuiles collées où il faut souvent casser pour réparer.
Étape 3 : Traitement des points singuliers (Faîtage et Rives)
Une toiture ne s'arrête pas net au bord du mur. Les finitions sont garantes de la longévité de l'ouvrage.
Pour le faîtage (le sommet du toit), n'essayez pas de bidouiller. Utilisez des tuiles faîtières adaptées (plus larges) ou des tuiles canal scellées au mortier bâtard. Mieux encore : utilisez un closoir ventilé à dérouler sous les tuiles faîtières. Cela assure l'étanchéité tout en laissant respirer la charpente. C'est propre, efficace et durable.
Pour les rives (les côtés), ne laissez pas le vent s'engouffrer sous les plaques. Utilisez des tuiles de rive à rabat ou réalisez un scellement au mortier pour fermer l'espace latéral entre la plaque et le mur ou la planche de rive.
3 Erreurs qui ruinent l'étanchéité
Après avoir inspecté des dizaines de chantiers de rénovation, je vois toujours les trois mêmes pièges :
- Oublier la ventilation en sous-face : C'est l'erreur invisible mais fatale. Si l'air ne circule pas sous vos plaques PST, de la condensation va se former. Résultat ? Votre charpente pourrira de l'intérieur, même si le toit est étanche en surface. Laissez toujours une entrée d'air en bas et une sortie en haut.
- Le piège du crac : Le fibres-ciment est résistant, mais cassant. Ne marchez jamais au milieu d'une plaque entre deux pannes. Vous devez poser le pied (ou une planche de répartition) strictement au-dessus des poutres (pannes) pour transférer le poids à la charpente et non à la plaque. Sinon, vous passerez au travers.
- L'économie de bout de chandelle : Pour gagner une rangée de plaques, certains réduisent le chevauchement à 10 cm. C'est insuffisant. Par vent fort, la pluie remonte la pente et passe par-dessus. Respectez les 20 cm de sécurité, surtout si votre pente est faible.
La pose de tuile canal sur plaque ondulée est le compromis idéal pour allier le charme du sud et les contraintes modernes. En suivant le DTU et ces étapes de fixation, vous obtenez une couverture légère, parfaitement étanche et faite pour durer.
Avez-vous déjà choisi vos tuiles ou hésitez-vous encore sur le type de fixation pour votre région ? Dites-le-nous en commentaire, on regarde ça ensemble.
FAQ
Peut-on marcher sur des plaques ondulées sous tuiles ?
Oui, mais avec une grande prudence. Il faut impérativement utiliser des planches de répartition pour étaler votre poids, ou marcher strictement au droit des pannes (les poutres qui soutiennent les plaques) pour éviter de passer au travers. Le matériau est solide mais n'aime pas la flexion ponctuelle.
Quelle pente minimum pour tuile canal sur plaque ondulée ?
Le système PST permet une pente très faible, environ 9 % ou 5°. C'est nettement inférieur aux 25-30 % requis pour une pose traditionnelle de tuiles canal, ce qui en fait la solution idéale pour les extensions ou carports à toit presque plat.
Combien de tuiles canal au m² sur plaque ondulée ?
Vous aurez besoin d'environ 10 à 12 tuiles au m² selon le modèle (40 ou 50 cm). Contrairement à la pose traditionnelle, on ne pose que les tuiles de couvert (les dessus), ce qui réduit la quantité nécessaire de moitié.
Faut-il coller toutes les tuiles ou une sur deux ?
En zone venteuse ou exposée, ne prenez pas de risques : collez ou crochetez tout. Dans des zones très abritées, coller une tuile sur deux peut suffire pour le maintien, mais le collage intégral reste la meilleure option pour éviter les cliquetis agaçants les nuits de grand vent.